Les objectifs des rencontres Biashara Pawa : formations et retours d'expériences terrain
Ces événements servent de baromètres des besoins du terrain, une manière d’écouter réellement ce qui s’y passe et de garantir que nos interventions restent ancrées, pertinentes et précisément ciblées. Même si nous arrivons toujours à ces rencontres avec certaines hypothèses, les événements de Kisumu ont apporté des éléments essentiels réaffirmant l’importance de ces échanges pour orienter notre réflexion et affiner notre soutien aux entrepreneurs.
Dialoguer avec les entrepreneurs en phase de pré-amorçage et d’amorçage pour mieux comprendre leurs besoins
Lors de notre premier événement, nous avons interrogé plus de 100 entrepreneurs en phase de pré-amorçage et d’amorçage afin de comprendre leurs besoins les plus urgents en matière de mentorat. L’enquête, qui reste notre boussole, a révélé un équilibre frappant : l’ambition de se développer et de créer des réseaux sont arrivées exactement à égalité avec le besoin fondamental de connaissances financières et d’accès au financement.
Ces deux priorités ont chacune obtenu 27 % des voix. Le message est clair : plus de la moitié des entrepreneurs (54 %) nous disent que leur priorité immédiate est le financement, et les compétences pour bien le gérer.
L’impact de normes culturelles sur l’entrepreneuriat
Pourtant, les événements ont aussi révélé la place cruciale et l’impact des normes culturelles (profondément enracinées) sur l’entrepreneuriat. Les participants ont parlé ouvertement de la stigmatisation entourant l’activité commerciale, en utilisant des termes Luo tels que kwero, masira, chike mar chon, timbe mar chon et chiira, des expressions désignant ce qui est tabou ou interdit.
Pour de nombreuses femmes et de nombreux jeunes, l’entrepreneuriat reste encore en dehors de ce qui est socialement accepté. Avant de chercher des financements ou des marchés, certains doivent d’abord obtenir une permission sociale pour s’écarter des attentes traditionnelles.
Les conséquences économiques des résistances culturelles
Les femmes au Kenya continuent de faire face à des obstacles disproportionnés dans l’accès au credit : un rapport publié en 2024 par Financial Sector Deepening Kenya révèle que les hommes bénéficient de davantage de soutien que les femmes et que les emprunteuses ne représentent que 29 % des 4,733 milliards de shillings kenyans de prêts accordés au cours des cinq dernières années, malgré de meilleurs taux de remboursement que les hommes.
Les femmes ont emprunté 1,375 milliards de shillings, contre 3,35 milliards pour les hommes, révélant une opportunité manquée pour les prêteurs, puisque les femmes ne représentaient que 36 % des nouveaux incidents de crédit enregistrés.
Selon des données gouvernementales, environ 31,4 % des MPME au Kenya sont dirigées et détenues par des femmes, contribuant à 40 % du PIB du pays et générant un taux annuel de création d’emplois de 30 %, mais l’étude indique également que les femmes font face à davantage d’obstacles pour accéder au crédit, notamment des coûts d’emprunt plus élevés et des montants de prêts plus restreints. Il s’agit d’une opportunité importante pour les institutions financières d’innover avec des produits adaptés aux femmes et d’éliminer les biais afin de mieux répondre aux besoins de ce segment sous-desservi.
Les lacunes en matière de connaissances financières
Malgré leur fort désir de se developer, les entrepreneurs ont exprimé manquer de compétences financières pratiques nécessaires pour gérer leur trésorerie, évaluer les risques et naviguer dans le système financier formel du Kenya, qui exige souvent des garanties que la plupart des jeunes entrepreneurs ne possèdent pas.
Le recours aux Chamas : la puissante réponse du terrain
Un Chama - mot swahili signifiant association ou groupe d’entraide - est un club d’épargne et d’investissement informel basé sur la communauté. Un petit groupe de personnes met en commun son argent régulièrement (chaque semaine ou chaque mois), créant un fonds collectif. Les membres peuvent ensuite contracter des prêts à faible intérêt ou recevoir à tour de rôle une somme forfaitaire à investir dans leurs entreprises ou leurs besoins familiaux.
Ce modèle est une innovation puissante car il transforme la confiance sociale en sécurité financière, remplaçant ainsi le besoin de garanties bancaires formelles. C’est une solution communautaire remarquablement efficace à un défi structurel. On estime aujourd’hui que plus de 300 000 chamas détiennent entre 300 et 500 milliards de shillings kenyans (2,5 à 4 milliards USD) en épargne et en actifs.
La popularité des Chamas parmi les entrepreneurs de Kisumu souligne la nécessité pour l’écosystème élargi de considérer la finance communautaire non pas comme un simple palliatif informel mais comme un modèle financier viable. Leur succès démontre que lorsque le système financier exclut les femmes et les jeunes, les communautés créent leurs propres solutions efficacies.
Quelles leçons tirées des rencontres Biashara Pawa ?
Ce qui est clairement apparu lors de ces rencotnres, c’est que transformer l’entrepreneuriat à Kisumu nécessite plus que des compétences techniques ou un accès au capital ; cela exige un changement délibéré des normes sociales. Les femmes et les jeunes représentent 70 % de la population kenyane, mais lorsque leur potentiel entrepreneurial est bridé, c’est tout le comté, et le pays, qui en pâtissent.
Une transformation significative exige des échanges transparents, des partages d’expériences, un plaidoyer communautaire et une redéfinition de ce que représente l’entrepreneuriat au sein des familles et des communautés.
Des initiatives portées par des organisations des différents programme IYBA et des partenaires comme Wise Hub ouvrent déjà la voie, mais davantage d’efforts sont nécessaires pour intégrer pleinement l’entrepreneuriat dans le tissu social de la région.
La participation de plus de 100 entrepreneurs au forum montre à quel point les femmes et les jeunes de Kisumu sont prêts au changement. Ils ont les idées, la résilience et la volonté de transformer leur avenir économique. Ce dont ils ont besoin maintenant, c’est d’un écosystème tout aussi prêt - gouvernements locaux, hubs d’entreprises, milieu académique, institutions financières, partenaires du secteur privé et leaders communautaires - pour les soutenir avec des mentalités inclusives, des ressources financières concrètes et une acceptation sociale.
Les enseignements tirés à Kisumu sont clairs : les obstacles à l’entrepreneuriat sont à la fois culturels et financiers. En luttant contre la stigmatisation, en renforçant les bases financières et en reconnaissant la force de la finance communautaire, l’écosystème peut libérer le potentiel d’entreprises prêtes à grandir. Les entrepreneurs de Kisumu ont déjà fait le premier pas, aux acteurs de l’entrepreneuriat maintenant de faire bouger les choses !
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