Construire des systèmes financiers inclusifs est essentiel pour réduire la pauvreté et favoriser un développement économique équitable. Pourtant, dans de nombreux pays africains, une grande partie de la population, en particulier les femmes, les jeunes et les travailleurs du secteur informel, reste exclue des institutions financières formelles. Les modèles bancaires classiques et les outils d’évaluation du crédit ne tiennent souvent pas compte de leurs réalités, ce qui limite leur accès aux produits financiers susceptibles de soutenir la croissance de leurs entreprises ou de stabiliser leurs revenus.
En réponse à cela, des innovateurs à travers le continent mobilisent les technologies financières (fintech) pour créer des solutions plus pertinentes et accessibles. Au Kenya, par exemple, un outil de gestion basé sur WhatsApp aide les micro-entrepreneurs à gérer leurs activités, à prendre des décisions éclairées et à se qualifier pour un financement en générant les documents requis par les banques. Au Togo, un nouveau modèle alimenté par l’intelligence artificielle s’appuie sur les tontines traditionnelles pour améliorer la transparence et l’adaptabilité des mécanismes communautaires d’épargne et de prêt.
Ce webinaire a réuni des intervenants du Togo et du Kenya directement impliqués dans la conception et la mise en œuvre de ces outils. Ils ont partagé les enseignements tirés de leurs expériences et ont réfléchi à la manière dont la fintech peut être mobilisée par les acteurs de l’écosystème pour répondre aux besoins des entrepreneur·es soutenu·es par le programme SEED :
- Thomas Houngbédji : Chef de projet adjoint (Togo) – Expertise France
- Celestine Otieno : Responsable des partenariats – Somo Africa
- Leonidah Mwato : Développeuse logicielle – Somo Africa
- Mindi Lamboni : Responsable – Programme d’accélération technologique pour la création de clusters innovants
Thèmes clés et points à retenir
La discussion du panel a mis en lumière des exemples concrets de la manière dont les technologies financières (fintech) peuvent soutenir des modèles financiers plus inclusifs pour les entrepreneur·es du programme SEED. Bien que les contextes et outils présentés soient différents, plusieurs thèmes transversaux sont ressortis concernant la conception, l’utilisation et les impacts de ces solutions. Voici un résumé des principaux enseignements partagés par les intervenant·es, fondés sur leurs expériences au Kenya et au Togo.
La fintech comme outil pour combler les lacunes en matière d’inclusion
Dans de nombreux marchés africains, les institutions financières traditionnelles négligent souvent les entrepreneur·es SEED en raison de risques de crédit perçus, de l’absence de documents formels et du caractère informel de leurs activités. Des outils comme DigiKua ou les applications de tontine avec intelligence artificielle permettent de combler cet écart en capturant des données alternatives, en facilitant la tenue de registres numériques, et en reliant les entrepreneur·es au financement formel.
Concevoir avec les entrepreneur·es, et non à leur place
Les deux études de cas ont insisté sur la co-construction avec les entrepreneur·es locaux. DigiKua a été développé à partir des retours d’utilisateur·rices à Nairobi, Kisumu et Mombasa, avec une attention particulière portée à la facilité d’utilisation, à la faible consommation de données et à la simplicité. De même, la tontine numérique au Togo a été conçue en collaboration avec les communautés, en intégrant des fonctionnalités multilingues et des mécanismes de renforcement de la confiance.
Du secteur informel au secteur formel : rendre les entrepreneur·es éligibles au financement
Des outils comme DigiKua aident les entrepreneur·es SEED à générer des registres commerciaux, à suivre leurs performances et à présenter des indicateurs alternatifs de solvabilité. Cela facilite leur transition vers un accès au financement formel. Au Togo, l’analyse des comportements d’épargne et de prêt par intelligence artificielle renforce l’accès des groupes informels à la microfinance.
Confiance, adoption et compétences numériques sont essentielles
L’adoption d’outils numériques dépend largement de la confiance, surtout dans les communautés peu exposées au digital. Au Togo, la confiance a été bâtie grâce à l’implication des leaders locaux, à des formations dans les langues locales et à des algorithmes transparents. Au Kenya, Somo a mis en place des ambassadrices communautaires et des programmes de mentorat pour encourager l’adoption.
Repenser le risque grâce à des systèmes de notation de crédit alternatifs
Les modèles de crédit traditionnels excluent de nombreuses entreprises SEED. Le travail de Somo sur un modèle qualitatif d’évaluation du crédit montre comment les données générées par la fintech (ex. : régularité des enregistrements, indicateurs de santé des entreprises) peuvent être utilisées pour évaluer la solvabilité et amener les institutions financières à repenser leur approche du risque.
Des technologies simples, évolutives et adaptées au contexte
Les deux outils présentés ont été conçus pour être légers et fonctionnels. Une leçon clé en ressort : l’innovation n’a pas besoin d’être sophistiquée, elle doit être adaptée. Les interfaces vocales pour les personnes non alphabétisées et les applications à faible bande passante permettent de toucher des publics souvent exclus des avancées fintech.
Le rôle des partenariats pour étendre la finance inclusive
Les partenariats ont été au cœur des deux initiatives. Somo a collaboré étroitement avec des institutions financières et des hubs d’entrepreneuriat pour diffuser DigiKua et harmoniser les critères de crédit. L’initiative de tontine numérique a travaillé avec des ONG et des coopératives pour intégrer l’outil dans les pratiques d’épargne existantes. Dans les deux cas, les intervenant·es ont souligné que les bailleurs et les structures d’appui aux entrepreneur·es (ESOs) jouent un rôle essentiel dans le renforcement de la confiance et la facilitation de l’adoption.
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